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L'accompagnement au moyen du bilan de vie

En Occident, on constate l’absence presque totale d’une aide spirituelle à l’intention des mourants, alors que l’un des droits fondamental de toute société développée devrait être pour chaque citoyen de mourir accompagné des meilleurs soins spirituels. C’est ainsi qu’au moment où ils sont le plus vulnérables, nos contemporains sont souvent abandonnés à eux-mêmes et laissés presque totalement démunis. Si nécessaire, il importe d’encourager la personne en fin de vie à se réconcilier avec ses amis et parents, et à purifier son cœur de toute haine ou ressentiment. Tout le monde ne croit pas en une religion formelle, mais nous croyons presque tous au pardon. En fait, toutes les religions du monde mettent l’accent sur le pouvoir du pardon. Ainsi, favoriser l’accès au pardon au moyen du bilan de vie et du règlement des conflits relationnels est une contribution spirituelle majeure de la part des accompagnateurs et des soignants.

La mort sera inévitablement douloureuse pour quiconque l’aborde l’esprit chargé de regrets ou de remords, en raison des résistances que ces sentiments entraînent. Il est impossible de mourir paisiblement si l’on est dominé par l’impression que notre existence a été inutile. Pour Sogyal Rinpoché : « Il n’y a pas de plus grande œuvre de charité que d’aider quelqu’un à bien mourir ». 

Formulés comme autant d’espoirs, les besoins du mourant adulte comprennent en particulier :

  1. Faire le bilan de son existence, aider à réfléchir sur sa vie pour y trouver un sens en lui rappelant ce qu’il a accompli, en quoi il a été utile ;
  2. Aider à reconnaître ses regrets pour qu’il puisse se réconcilier avec ceux qu’il a blessés, se pardonner mutuellement lorsque l’on a eu un passé difficile ou des relations conflictuelles, ou être pardonné lorsque la douleur le rend de mauvaise humeur ;
  3. Dire ses pensées, ses peurs, ses tristesses ou sa colère, en particulier exprimer la peur que l’on puisse avoir moins bonne opinion de lui s’il se montre tel qu’il est, ou celle - tellement effrayante - de retomber en enfance et de tenir des propos incohérents ;
  4. Etre réconforté, savoir que sa souffrance sera comprise et soulagée sans qu’il soit rendu inconscient ; et aussi ne pas être le seul à se sentir vulnérable et à avoir peur ;
  5. Ne pas être abandonné dans ses derniers instants.

A vrai dire, faire son bilan de vie est un exercice difficile car il consiste à mettre en corrélation ce que nous avons été, notre imperfection, avec ce que nous aurions pu être, soit le meilleur de soi-même. Notre première tentation est de nier notre douloureuse imperfection et de tenir autrui responsable de nos actes. Ou alors, dominé par notre rôle de victime, nous sommes souvent tentés d’exagérer notre petitesse, de croire qu’elle constitue notre identité et que nous avons échoué dans tous les compartiments de notre vie. La seule manière de sortir de ce double piège est d’assumer sa responsabilité personnelle et de se pardonner pour ce que nous avons été en considérant avec tendresse que nous avons fait le mieux possible.

La proximité de la mort rend cet exercice obligatoire et d’autant plus difficile que nous ne nous y sommes pas préparés au cours de l’existence. C’est la raison pour laquelle il est nécessaire que les personnes âgées qui font leur bilan de vie soient accompagnées par des personnes capables de les assister sans les juger. Faire ce bilan de vie présuppose aussi, pour l’accompagnateur comme pour l’accompagné, de s’arrêter et de rompre avec cet activisme caractéristique de certaines fins de vie et qui va jusqu’à prendre des formes désespérées d’acharnement thérapeutique.

De nos jours, dans les EMS, la mode est aux projets de vie - parfois plus modestement appelés projets d’accompagnement - dont la fonction est de faciliter l’intégration d’un résident ou de lui permettre de retrouver une activité qui lui faisait plaisir. Il n’y a rien de mal à cela. Sauf si les projets de vie ont pour objectif inconscient de se soustraire au bilan de vie. D’ailleurs, un projet de vie est naturellement issu d’un bilan qui consiste à prendre la mesure de ce que l’on avait et dont on est dorénavant privé. Nous sommes d’avis que la fonction principale du grand âge est de se préparer à la mort et que le bilan de vie constitue la meilleure - et peut-être la seule - manière de le faire.

Le contenu du bilan de vie porte sur les différents secteurs de l’existence que sont :

  1. les rapports avec les proches (les enfants, les parents, les amis),
  2. le couple (la vie à deux, la sexualité),
  3. le travail,
  4. l’activité créatrice et
  5. la pratique spirituelle (la recherche du sens).

Il s’agit de faire l’inventaire de ce qui s’est bien déroulé dans ces différents secteurs, et aussi d’identifier ce qui laisse un goût d’inachevé. C’est l’occasion également d’exprimer ses sentiments, ses colères, ses regrets, ses peurs comme ses joies. Très souvent, ce bilan de vie met en lumière les relations qui ont été ternies par les aléas de l’existence. Ce qui est tout à fait naturel, dans la mesure où l’existence se résume en définitive à l’amour que nous avons donné et reçu. Si les proches n’utilisent pas la période de la fin de vie pour guérir leur relation et créer un lien, ils se sentiront d’autant plus désespérés ensuite : la souffrance qui subsiste en nous suite au décès d’un être cher est beaucoup due à l’amour que nous avons réprimé.

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