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Ouvrages

Le projet «Consolation»

Dans le prolongement de la prise en charge de la douleur physique et psychique, une fois les informations recueillies, nous avons été confrontés à deux problèmes:

  1. la diffusion des informations auprès de chacun, et surtout,
  2. l’exploitation des ces informations dans le but de procurer un soulagement aux résidents.

Le projet « Consolation » est donc issu de ces deux interpellations. Un besoin de formalisation est aussi apparu de manière à préciser en quoi consisterait le rôle attendu de celles et ceux qui désirent s’engager davantage dans cette démarche, mais aussi pour se donner le maximum de chances que les interventions soient à la fois pertinentes et utiles.

Parmi les différentes appellations possibles, le terme « consolation » a finalement été choisi pour désigner la démarche dans laquelle nous souhaitions nous engager. Encore fallait-il indiquer précisément ce que ce terme recouvrait. D’où la nécessité, à des fins de clarification, d’élaborer une Charte.

Ainsi, le besoin a été ressenti de formuler la démarche dans une Charte destinée à préciser le contenu du rôle que les consolatrices et les consolateurs seraient appelés à jouer, s’ils le désirent, dans le cadre de la prise en charge de la douleur psychique.

Sur la proposition d’un groupe d’amélioration, une Charte de Consolation a finalement été proposée et adoptée par l’ensemble des collaborateurs. La structure de cette Charte, identique à celle de la Charte d’entreprise se présente sous la forme de cinq éléments inter-reliés autour d’une étoile à cinq branches et d’un rond, lesquels sont des symboles féminins (la consolation n’est-elle pas une activité essentiellement féminine ?) et qui se veut aussi symbolique du corps humain avec la tête et les quatre membres.

concept

  1. Engagement: 3 axes (par rapport à soi, vis-à-vis des résidents, vis-à-vis des pairs)
  2. Tendre vers le meilleur de soi-même: s’efforcer d’exprimer notre côté de lumière, à partir de l’acceptation de notre côté d’ombre (tendance à juger, à critiquer, à ne pas faire le mieux possible, etc.) que nous avons tendance d’ignorer ou d’éviter.
  3. Engagement vis-à-vis de soi est primordial, parce que tout commence par soi et que aucune prise en charge n’est possible si on ignore ou si on nie ce qui se passe en nous.
  4. Engagement vis-à-vis des résidents: marque l’orientation donnée à la prise en charge par le biais du projet douleur.
  5. Engagement vis-à-vis des pairs: les pairs sont ceux avec lesquels nous sommes sur un pied d’égalité ; le terme de « pairs » a été choisi de préférence à celui de collègues, parce que nous sommes tous égaux devant la douleur et la mort, et que nous pouvons tous nous entraider.
  6. S’arrêter: essentiel si on veut se centrer, voir ce qui se joue et agir plutôt que réagir ; nécessaire pour lutter contre l’agitation du monde et le stress.
  7. Faire de son mieux: c’est la seule exigence que l’on peut avoir à l’égard de soi-même ; personne ne nous demande d’être parfait…
  8. Présence sans jugement: c’est la meilleure expression pour désigner une attitude de neutralité (où on ne mêle pas sa propre représentation à ce qui se passe pour l’autre) accompagnée de chaleur, d’empathie.
  9. Discrétion – respect: exigence personnelle nécessaire pour que des confidences soient faites en toute confiance ; la discrétion est souvent demandée par les résidents lorsqu’ils se confient.
  10. Intentions (donner du sens, favoriser le bilan de vie, accompagner à la mort) : constituent les objectifs des consolatrices en relation avec la prise en charge de la douleur psychique.

En premier lieu, l’application de la Charte est facultative pour ceux et celles qui désirent s’engager dans cette démarche par le biais d’un groupe informel de consolation qui se réunit toutes les semaines pour :

  1. Documenter les situations personnelles des résidents à partir de leurs histoires de vie et des protocoles sur la douleur psychique,
  2. Nommer et consigner les interpellations personnelles des soignants face aux résidents (relevé de ce qui les touche personnellement),
  3. Définir le suivi et l’exploration future à donner à la situation dans l’espoir de soulager, de réconforter et d’accompagner les résidents
  4. Enfin, relever le suivi - le résultat des interventions en vue de soulager - des consolateurs et des consolatrices qui sont responsables de la prise en charge du résident, lequel suivi est intégré dans une prochaine documentation de la situation.

Et finalement, une fiche de relevé des suivis en vue de soulager est établie avec le résultat des interventions des consolateurs et des consolatrices qui sont responsables de la prise en charge du résident, laquelle fiche est intégrée dans une prochaine documentation de la situation.

concept

L’originalité de la démarche réside dans la place faite aux interpellations personnelles des soignants, en conformité avec les enseignements tirés de la prise en charge de la douleur psychique. En effet, en évitant de traiter leurs interpellations, les soignants courent non seulement le risque de s’épuiser, mais aussi de priver leur pratique de pertinence, que ce soit en se rendant indifférents à la souffrance de leurs patients, ou en adoptant des pratiques thérapeutiques qui visent prioritairement leur propre soulagement.