Prise en charge de la douleur physique

Un comité de pilotage a été constitué pour servir de garant au projet, réunissant :

  • le directeur de l’institution, Ph. Maire, en qualité de chef de projet
  • des collaborateurs de l’établissement provenant des différentes fonctions,
  • un médecin traitant,
  • une pharmacienne,
  • la fille d’une résidente en qualité de représentante des résidents.

L’ensemble des collaborateurs a participé au projet, avec une implication pratique naturellement plus forte de la part du personnel soignant.
Nous avons choisi de commencer la campagne par une phase de sensibilisation. Le but de cette première phase était de rompre le tabou ou de dissiper la pudeur entourant la question de la douleur, tant pour les résidents que pour les soignants. Il s’agissait aussi de changer certaines habitudes, en particulier de prêter attention au lieu d’ignorer.
Pendant cette étape, les résidents ont été invités à exprimer leurs douleurs au moyen de dessins ou de textes. A la fin de l’activité, les textes et les dessins réalisés ont été exposés dans l’institution, avec l’autorisation des résidents et information à leurs familles. De l’avis général, toutes les œuvres réalisées étaient très touchantes.

Ensuite, dans une deuxième phase, quatre mesures témoins de la douleur ont été effectuées pour tous les résidents les 27 février, 28 mars, 26 avril et 26 mai 2004 au moyen des EVA (échelles visuelles analogiques) et du questionnaire doloplus pour les résidents trop désorientés pour répondre eux-mêmes.
Après chaque mesure, les résultats ont été transmis aux médecins traitants pour permettre une adaptation de la médication antalgique. Ces résultats ont aussi été reportés sur un tableau en fonction de l’intensité de la douleur et des traitements prescrits.

Les résultats de la campagne ont été les suivants:

  • Pour les résidents, nous avons eu la confirmation de l’hypothèse selon laquelle de nombreuses douleurs sont sous-estimées et que par conséquent la couverture antalgique peut être améliorée, par une adaptation de la médication, ou simplement par une modification du dosage et/ou de la fréquence d’administration. L’active participation des médecins traitants a été une contribution majeure à l’amélioration de la couverture antalgique.
  • Pour les soignants, cette campagne a été l’occasion de développer une meilleure perception et conscience du phénomène de la douleur. Ils se sont aussi rendu compte que parler de la douleur ne prend pas beaucoup de temps et procure un soulagement immédiat.

Concrètement, le nombre de personnes souffrantes au bénéfice d’un traitement antalgique a augmenté. De même, le nombre de personnes soulagées grâce à un traitement antalgique a également augmenté. Il y a aussi eu une sensible augmentation du nombre de personnes avec prescriptions palier OMS 2 (opiacés légers comme tramal, tramadol). Par contre, il n’est prescrit pour ainsi dire à personne de traitements de type palier OMS 3 (opiacés de type morphine) en dehors des périodes de fin de vie.

concept

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En conclusion, les résultats sont très encourageants, tant pour les soignants que pour les résidents, et doivent inciter à une poursuite de la campagne.

Les enseignements de la prise en charge de la douleur physique sont les suivants :

  1. Le simple fait de parler ouvertement de la douleur - ce qui était nouveau - contribue à son soulagement. Ce qui est ici déterminant, c’est de la nommer précisément: par sa description spécifique et sa mesure, la douleur acquiert un sens. Or il est nécessaire qu’une signification soit donnée à une manifestation si l’on veut avoir la moindre influence sur elle. En d’autres termes, la nomination permet d’opérer l’essentielle distinction entre ce qui nous arrive, d’une part, et l’interprétation que nous faisons de ce qui nous arrive, d’autre part.
  2. Dans le même temps, nous avons observé qu’en plus de la douleur en soi, la personne exprime toutes sortes de commentaires mentaux qui rendent la situation encore plus pénible. Comme cette vieille dame qui avait beaucoup de peine à déglutir, mais qui souffrait essentiellement de ce que l’on aurait pu penser d’elle du fait qu’elle était toujours la dernière à table. Ainsi, nommer la douleur et la distinguer des commentaires qu’elle engendre contribuent déjà le plus souvent à la faire passer d’insupportable à supportable.
  3. Cette exploration a eu un effet conséquent sur les soignants en leur permettant de développer une attitude plus active à l’égard de leurs propres souffrances. En nous confrontant à nous-mêmes, la douleur des autres nous apprend aussi l’humilité et la nécessité d’un développement personnel, tant il est vrai que nous ne pouvons aider les autres qu’à partir de l’attention que nous portons à nos propres interpellations. Logiquement, il apparaît ainsi qu’en niant nos douleurs personnelles, nous n’avons pas accès à celles d’autrui. En effet, la capacité pour le soignant à soulager l’autre passe par son aptitude à saisir ce qui lui fait mal dans la situation, à le traiter pour lui-même, pour enfin proposer un soulagement possible au patient. Le soulagement de l’autre passant par notre capacité à soulager nos propres douleurs, il faut donc impérativement former les soignants à traiter leurs douleurs, c’est à dire à prendre soin d’eux.

Aujourd’hui, nous procédons à des mesures générales de tous les résidents tous les deux mois et nous mettons en place, pour les personnes affligées de souffrances particulièrement aiguës ou chroniques ainsi que pour les personnes en fin de vie, des protocoles de mesures quotidiennes. La douleur est abordée et traitée dans l’institution comme un signe vital, au même titre que le pouls, la tension artérielle, la respiration ou la température. Un système de référent a en outre été développé qui permet un suivi plus personnalisé de la douleur. Les médecins traitants sont systématiquement tenus informés des mesures effectuées et une excellente collaboration s’est instaurée avec eux. Enfin, une convention nous lie à une pharmacienne-conseil pour nous conseiller en matière de posologie et de dosage des médicaments et pour éviter les antagonismes pharmacologiques.

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