La douleur

La douleur est une condition inévitable de la vie humaine et un phénomène omniprésent dans la pratique des soins. Malgré cela, elle tend à être sous-estimée et sa prise en charge est souvent insuffisante dans les institutions de soins. A la Résidence Bellerive, les douleurs physique et psychique sont considérées, évaluées et prises en charge comme les autres signes vitaux que sont le pouls, la température, la tension artérielle et la respiration.

Le Projet "Ensemble pour Soulager"

Le 6 juin 2003, La Chrysalide - unité de soins palliatifs de la Chaux-de-Fonds - organise une journée sur le thème «Vers un Milieu de Vie sans Douleur», avec comme objectifs :

  • Apprendre ou se remémorer le fonctionnement de la douleur, les modalités de son évaluation et de sa prise en charge,
  • Pouvoir intégrer ces principes et les moyens de les mettre en œuvre dans la réalité d’un home,
  • Partager les expériences faites par trois homes valaisans qui vivent déjà l’expérience de cette campagne,

L’hypothèse de départ est que s’il existe dans les institutions pour personnes âgées une manifestation qui est insuffisamment prise au sérieux, c’est celle de la douleur. La tendance consiste à généralement minimiser ce que la personne âgée exprime. Ainsi, l’ensemble du personnel soignant, médecin traitant compris, va volontiers considérer qu’elle exagère, qu’elle simule, ou encore que c’est normal de souffrir lorsque l’on est âgé…
Partant du sentiment partagé par l’ensemble des collaborateurs que les mesures que nous adoptions dans notre institution en vue de soulager la douleur pouvaient être améliorées, nous avons décidé, en octobre 2003, de nous engager dans la campagne proposée avec le soutien de l’association «Ensemble contre la Douleur» du Professeur Charles-Henri Rapin.

Au départ, les objectifs du projet «Ensemble pour Soulager» étaient doubles :

  1. Mesurer la douleur comme les autres signes vitaux (approche épistémologique),
  2. Adapter la médication à la mesure dans le sens du meilleur soulagement possible.

Les enjeux du projet «Ensemble pour Soulager»

Les enjeux du projet «Ensemble pour Soulager» sont multiples et considérables.

La douleur des personnes âgées est un problème majeur de santé publique en Europe ; d’après de nombreuses études, le phénomène concernerait jusqu’à 80% des résidents vivant en EMS, chez lesquels la douleur est devenue chronique, c’est-à-dire persistante au-delà d’une période de trois mois seulement. De plus, la douleur chez les personnes âgées est insuffisamment évaluée et n’est pas convenablement traitée, du fait également qu’elle ne fait pas l’objet d’études cliniques autant que chez les patients plus jeunes. Il est aujourd’hui indispensable que la douleur soit abordée dans les institutions de soins avec la même rigueur que les autres signes vitaux que sont le pouls, la température, la tension artérielle et la respiration. Par ailleurs, ceci est également valable pour les soins hospitaliers.

Ce projet a aussi un impact considérable sur la pratique des soins : contribuer au soulagement d’autrui constitue une source de satisfaction et de motivation. Pour les soignants, le phénomène de la douleur revêt un caractère particulièrement contraignant du fait qu’ils sont en permanence confrontés aux peines de ceux dont ils ont la charge. En outre, leurs conditions générales de travail les exposent généralement à des risques accrus d’épuisement professionnel, lequel constitue pour eux une douleur existentielle. En évitant de traiter leurs interpellations, les soignants courent non seulement le risque de s’épuiser, mais aussi de priver leur pratique de pertinence, que ce soit en se rendant indifférents à la souffrance de leurs patients, ou en adoptant des pratiques thérapeutiques qui visent prioritairement leur propre soulagement.

Pour les organisations, On peut aussi émettre l’hypothèse qu’une telle pratique pourrait contribuer à humaniser les relations thérapeutiques, à améliorer les résultats cliniques et à diminuer les coûts de soins grâce à une réduction des problèmes de santé iatrogéniques (causés par l’exercice de la médecine).

Au final, une pratique sanitaire qui comprend une prise en charge de la douleur constitue une opportunité pour le paradigme matérialiste et réductionniste du système biomédical de médecine d’évoluer vers une pratique plus holistique et spirituelle de la santé. Les patients – résidents – clients de nos institutions de soins demandent une prise en charge qui soit plus globale et qui intègre les différentes dimensions somatiques, psychologiques, sociales et spirituelles de l’être humain. Or, la douleur est un phénomène holistique par excellence. Une pratique sanitaire qui nie la douleur n’a aucun sens du fait qu’elle réduit l’être humain à une machine et qu’elle nie sa nature essentiellement spirituelle.

Pour lire la suite: